NL

FR

NAM-IP/Infos
NAM-IP Infos 2015/1 – Exposition

▲Informatique et Muséographie

En Europe

Musée Bull, Grimbergen (Belgique)

Quand nous avons été le visiter, nous avons pu, avec notre ami cinéaste, Théo Mertens, retenir quelques images de cet étonnant atelier mécanogaphique toujours opérationnel. Par ailleurs, le groupe de Grimbergen avait déjà commencé un inventaire des pièces de sa collection et l'on peut dire que l'ensemble des pièces conservées évoquent très convenablement tant les éléments de base (composants) qui constituent l' “informatique ” que l'histoire des ordinateurs. Une des caractéristiques de cette collection est le fait que Bull constitue une tradition très européenne puisqu'elle remonte à l'ingénieur norvégien Fredrik Rosing Bull (1882-1925) et à son brevet de traitement par cartes perforées mis en œuvre en 1931 par la firme Egli-Bull avant de devenir une entreprise française en 1933. Cette collection fait partie des partenaires du Fonds Informatique pionnière en Belgique de la Fondation Roi Baudouin et du futur NAM-IP de Salzinnes.

Musée Unisys (Jacques Laffut), Dieghem (Belgique)

Nous ferons le même filmage avec Théo Mertens lors de la visite du Musée de Jacques Laffut installé dans les sous-sols de la firme Unisys à Dieghem. Jacques Laffut est le créateur et l'interprète inégalable de cette Collection installée sur des caisses en bois mais qui raconte toute l'histoire américaine des ordinateurs à partir de la machine à écrire et de la machine à calculer (computer) jusqu'au main frames d'Univac. Le tout avec des environnements de décor qui évoquent les différentes époques d'utilisation et de design. Une Collection qui fête les 25 ans de son existence muséale en octobre 2014. Jacques Laffut est l'un des fondateurs du Fonds Informatique Pionnière en Belgique de la Fondation Roi Baudouin.

Maison de la Métallurgie et de l'Industrie (MMIL), Liège (Belgique)

Quand on entre dans ce sanctuaire de la première et de la seconde révolution industrielle, on se trouve dans un espace dédié à l'informatique, clef de la troisième révolution industrielle. C'est que la MMIL fut la seule institution en position muséale capable d'accueillir pour la préserver la collection informatique jadis rassemblée par IBM-Belgium en un petit musée qui fut ouvert quelques années dans les locaux des anciennes Galeries Anspach à Bruxelles. IBM n'ayant pu poursuivre son activité muséale, la Collection fut proposée à la MMIL qui en prend soin depuis lors et tente de la mettre en valeur dans le cadre de cette histoire très complète des révolutions industrielles. La Collection abrite un des rares exemplaires encore complet de la machine à cartes perforées de Hollerith qui fut à l'origine de toute la mécanographie dans la tradition IBM. Cet objet est désormais classé comme patrimoine exceptionnel de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Collection d'Informatique & Bible, Maredsous (Belgique)

Cette Collection rassemble des témoins matériels et logiciels conservés à toutes les étapes de l'application de l'informatique au domaine de la Bible, puis du texte, puis des archives et documents depuis 1971. Si les machines conservées ne sont pas uniques ou très spéciales, elles sont toutes liées à des traitements spécifiques largement documentés. Des archives très larges, une documentation et une bibliothèque impressionnante de logiciels complètent cet ensemble. La collection, léguée au Fonds Informatique Pionnière en Belgique de la Fondation Roi Baudouin en décembre 2013, est destinée à être déployée dans le futur musée NAM-IP de Salzinnes.

Collection d'Outils de calcul Jacques Lemaire (Belgique)

Jacques Lemaire, ingénieur sorti de Louvain, est décédé en 2013. Juste avant sa mort, il a eu vent de la création d'un Fonds d'informatique pionnière en Belgique auprès de la Fondation Roi Baudouin et il a demandé que sa collection d'outils de calcul de tous types puisse être intégrée au collectif qui créait ce Fonds. Sa veuve, Bernadette Lemaire-Faure a confirmé la volonté exprimée par son mari. Et la collection sera l'un des éléments constitutifs du musée en cours de création à Salzinnes. La grande diversité et la production effrénée de modèles différents de machines à calculer à partir des années 1970 souligne un des aspects de la progression du computing!

Computer Museum Nixdorf-Siemens à Padderborn (Allemagne)

À plus de 375 km de Bruxelles ou de Namur, ce Musée, le plus proche de la Belgique, est véritablement un modèle de conception muséographique, clairement appuyé sur un financement généreux des firmes dont il porte le nom et qui ont été, pour l'Allemagne, le fer de lance de l'informatisation au cours des 50 dernières années. Le Musée se déploie sur plusieurs niveaux d'une architecture vitrée très lumineuse. Il est bâti à proximité d'un grand campus de Hautes Écoles de technologies du numérique. Son propos historique veut s'inscrire dans toute l'histoire de la communication humaine. Et le parcours historique est très complet, même s'il se doit d'insister sur les développements propres à Nixdorf et Siemens. Il comporte une excellente documentation sur les personnages qui ont inventé et promu l'informatique.

The National Museum of Computing de Bletchley Park, Londres (Angleterre)

Dans ce qui fut un complexe militaire joint à un petit manoir dans la banlieue de Londres, Alan Turing et toute une équipe d'Intelligence britannique a conçu l'ordinateur casseur de codes pour décrypter les messages des Enigma utilisés par les services de l'armée allemande, notamment pour ses communications avec les U-Boot qui torpillaient les navires “ alliés ” durant la guerre de 1940-45. Le Colossus d'Alan Turing a été restauré dans les baraques militaires où il a été développé. Autour de lui, et toujours dans ces petits bâtiments sans allure, un large éventail de toute l'histoire de l'informatique est disposé pour la visite. De très nombreux bénévoles et amateurs animent ce musée dans lequel presque chaque salle possède son petit atelier de réparation ou restauration où des passionnés reconstituent hard- et soft-ware, tout en partageant leur passion avec les visiteurs de passage.

Science Museum, Londres (Angleterre)

Ayant une vocation généraliste, ce Musée ne peut offrir que l'une ou l'autre pièce spécifique de grande importance pour l'histoire de l'informatique. Ainsi la reconstitution de la machine analytique de Charles Babbage, le père du calcul binaire étendu et systématique.

Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM), Paris (France)

Un grand et très vénérable musée des technologies (le plus ancien “ musée ”?). Comme pour le Science Museum de Londres ou le Deutsches Museum de Münich, la grande diversité des technologies représentées ne fait pas droit actuellement à la spécificité de l'informatique, bien que celle-ci soit présente de façon abondante dans presque toutes les sections dans lesquelles l'évolution des technologies ont abouti à une informatisation. De très belles pièces comme la “ pascaline ” sont bien mises en valeur et présentées avec des outils pédagogiques simples et puissants. D'où la recherche confiée récemment au CNAM (Isabelle Astic) en vue de la réalisation d'un grand Musée de l'informatique et de la Société numérique pour la France.

ACONIT, Grenoble (France)

Sans connaissance précise à ce jour des richesses que peuvent renfermer les réserves du CNAM (Paris) dans le domaine de l'histoire de l'informatique, il faut souligner que les entrepôts d'ACONIT à Grenoble renferment un ensemble impressionnant de matériels en cours d'inventaire et de mise en valeur dans la mesure où la disposition des locaux le permettent. Le jour où les structures architecturales d'un vrai musée deviendraient possibles, ACONIT serait sûrement un des pôles européens les mieux fournis dans le domaine de l'histoire de l'informatique, mais également à travers les projets dynamiques des équipes qui s'en occupent (musée virtuel, recyclages de matériels anciens, pédagogie du monde numérique, etc).

Deutsches Museum, Munich (Allemagne)

Sûrement et de l'avis unanime, c'est le plus important musée des technologies en Europe. Dans cet ensemble tout un étage, doté d'une mezzanine plus récemment ajoutée, est consacré à l'histoire de l'informatique qui, actuellement, s'arrête à l'avénement des micro-ordinateurs. Tout y est clairement expliqué et l'on peut s'y promener pour écrire sans erreur une histoire de l'informatique. Les présentations sont excellentes; mais l'ensemble est froid bien que (ou du fait que) tout soit extrêmement scientifique dans la présentation (notices explicatives intelligentes et très complètes).

Musée des Transmissions militaires belges, Peutie (Belgique)

Ce petit musée, intelligemment et proprement géré par des militaires belges, renferme quelques trésors de l'histoire des transmissions si liées aux développements de l'informatique. Depuis les pigeons voyageurs (encore utilisés dans certains cas à la guerre de 1940-45) jusqu'aux transmissions satellitaires, on peut voir l'évolution des technologies utilisées. Il y a souci des conservateurs du musée de mettre en évidence, par des photos d'époque, l'utilisation d'un matériel spécifique. Cela donne beaucoup de vie aux objets présentés.

Musée Bolo de l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne (Suisse)

Musée privé mis en œuvre dans le cadre de l'École Polytechnique, ce musée a été entièrement refondu récemment. Il présente une histoire un peut déconcertante de l'informatique sur le thème de la disparition de ce que l'informatique crée à mesure qu'elle le crée. La muséographie est grandiose sous forme d'un “ mur ” comportant des inscriptions et également des alvéoles vitrées où se trouvent les pièces exposées. Cet espace semble servir de salle des pas perdus pour les classes d'informatique dont les entrées sont à l'arrière-plan. Un Livre d'Or électronique est proposé au commentaire du visiteur en bout de parcours. Le Musée est difficile à trouver sur le Campus de l'École Polytechnique.

Konrad Zuse Computermuseum Hoyerswerda, Leipzig (Allemagne)

Ce musée est encore en construction à l'initiative de la Fondation Kurt Pauli de Remagen. Il est situé dans la petite ville qui a vu grandir cet ingénieur, né à Berlin le 22 juin 1910, qui va concevoir et réaliser dans la maison de ses parents, dès 1936, ce qu'on peut appeler le premier calculateur (computer) électromécanique, le Z1. Sa figure sera éclipsée, jusqu'à ce jour, dans l'historiographie des ordinateurs du fait qu'il continua de travailler sous le régime Nazi. La fondation Kurt Pauli tente de rendre une visibilité à cet inventeur visionnaire (il était également un artiste peintre, une peinture marquée notamment par les décors visionnaires du film de Fritz Lang Metropolis). Il vécut jusqu'en 1995. Les plans du musée montrent une démarche centrée sur une œuvre informatique spécifique, mais placée dans l'histoire générale de l'informatique.

Conclusion

Ce rapide catalogue de réalisations muséales dans le domaine de l'informatique telles que nous avons pu les observer en direct montre une grande variété de réalisations. Il confirme la répartition géographique actuelle des implantations de ces réalisations muséales. Elle montre également les différences de niveau de ces réalisations : depuis le super-musée totalement et uniformément conçu dès l'origine avec des financements institutionnels ou commerciaux de haut niveau jusqu'à l'accumulation patiente de témoins du passé informatique que l'on tente de sauver dans des hangars de fortune avec l'aide indispensable de nombreux bénévoles passionnés. À part la création en cours du Musée Konrad Zuse centrée sur l'œuvre d'un personnage, l'idée de développer un musée sur base de Collections personnalisées n'a pas encore été très développée, même si l'on peut dire que le musée de Bletchley Park au Nord de Londres reprend tout le cadre dans lequel un des grands pionniers de l'informatique, Alan Turing, a créé son œuvre. L'impact de l'animation sous forme d'équipes de bénévoles passionnés semble une voie indispensable pour donner réellement une âme à ce type de musée.

R.-F. Poswick

NAM-IP sur Facebook