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NAM-IP Infos 2015/1 – Exposition

▲Informatique et Muséographie

Silicone Valley – Computer History Museum

Un territoire comme un mouchoir de poche

C'est une bande d'une dizaine de kilomètres de large à 40 km au Sud de la ville de San Francisco. Elle s'étend des contreforts des collines qui séparent la Baie de San Francisco du Pacifique jusqu'au rivage interne de cette baie.

Elle est délimitée, au Sud par la ville et la vallée de Santa Clara (qui a donné une partie de son nom «Valley» au bout de terre mythique qui inventa et commercialisa les circuits électroniques imprimés sur galettes de silicone «Silicon» - un nom lancé par le titre d'un article de Don Hoefler paru le 11 janvier 1971 dans Electronic News sur l'industrie des semi-conducteurs alors en pleine expansion). Au Nord de cette bande, c'est l'imposant campus de l'université de Stanford, pépinière des petits « génies » qui ont créé la ruée vers le virtuel pour prolonger et remplacer la ruée vers l'or!

Et, entre ces deux frontières, en croisant la route 280, le Camino Real, le Central Expressway, Stevenscreek Road et l'autoroute 101, on descend en pente douce jusqu'à Shoreline Bay, notamment par le Shoreline Boulevard où, au numéro 1401 North, le Computer History Museum s'est installé en 2001.

Mais, tout en haut de la Commune de Moutainview, qui se partage, avec celle de Palo Alto, la plupart des implantations qui ont créé le mythe de la Silicone Valley, on trouve un des ancêtres du mythe, le PARC (Palo Alto Research Center) créé par la compagnie Rank Xerox et dont les impulsions de recherche furent surtout données par Douglas Engelbart (30.01.1925 – 2.07.2013), l'inventeur de la «souris» et du WYSIWYG (What you see is what you get). Il sera aussi professeur à l'université de Stanford toute proche. Plus connu dans cette mouvance et récemment disparu, on trouve Steve Jobs, le fondateur d'Appel qui travaillera avec D. Engelbart avant de devenir le gourou fondateur de l'empire APPLE.

Cet empire d'APPLE se trouve – en attendant une nouvelle implantation encore plus impressionnante - à quelques blocs plus à l'Est sous forme d'un complexe de bâtiments assez monumental entouré d'une rue au nom symbolique «The Infinite Boucle». À l'extrémité Est de cette bande mythique de terre, se trouve le NASA Research Center. Très significativement, ce Centre de recherche militaire fête en 2015 ses 75 ans! Cela nous reporte à 1940: date du début de l'accélération de la recherche qui mènera à la bombe atomique et aux autres progrès techniques (notamment le développement de «super-calculateurs»)! Sur ce site, qui est aussi un champ d'aviation militaire, avec deux ou trois immenses hangars – souvenirs des zépelins malheureux - dont l'un est fait d'une très haute structure d'acier et de verre bien visible des autoroutes voisines, s'est établi, depuis septembre 2008, la Singularity University dont le gourou n'est autre que Ray Kurzweil, un de ceux qui ont mis au point les premiers scanners à reconnaissance de caractères, et bien d'autres innovations liées aux technologies numériques. Dans cette université, on tente de déterminer comment utiliser les progrès technologiques pour «augmenter» l'être humain!

La présence écrasante de Microsoft et de Google

Mais presqu'à même hauteur, un peu plus au Nord, deux immenses complexes, composés de dizaines de « blocs » ou pâtés de constructions d'un ou deux étages maximum, indiquent les implantations multiples de MICROSOFT et de GOOGLE. Le Computer History Museum est au confluent de ces deux masses, là où l'on sort de l'autoroute 101 pour emprunter le Shoreline Boulevard.

À chaque «bloc» l'enseigne de l'une de ces deux firmes se dresse avec un numéro d'ordre qui permet de trouver le bâtiment que l'on recherche. Pour Google ils sont numérotés en continu, au moins jusqu'à 45 sur ce site-là; car, lorsqu'on circule un peu, on repère vite qu'il y a encore d'autres ensembles de bâtiments dispersés un peu plus loin de l'amas du Shoreline Boulevard! Cette présence de Google est écrasante. De petits vélos peints aux couleurs de Google (rouge, jaune, vert, bleu), en accès libres tant pour les employés que pour les visiteurs, peuvent être trouvés partout, il en traîne dans tous les coins. Les voitures sans chauffeur avec leur gyroscope sur le toit, parcourent tout ce territoire de même que toute la bande décrite plus haut. Cette voiture et sa technologie se retrouvent d'ailleurs dans les expositions temporaires en cours au Computer History Museum.

Computer History Museum

Le Musée est donc bien au cœur de cette Silicon Valley et personne n'est étonné d'apprendre que la principale exposition actuelle «Revolution. The first 2000 Years of Computing» ouverte en 2011, a été généreusement financée par la Fondation Bill et Melissa Gates! La liste des donateurs est impressionnante. On s'y connaît là-bas en termes de fund-raising: qu'ils aient donné plus de 10 millions de $ US ou seulement plus de 5.000 US$! À côté d'une reconstitution de la machine logique de Babbage (en démonstration à certaines heures) et de celles d'un ensemble IBM 1401 de traitement de cartes perforées ou d'un ensemble PDP-1 de DEC (également en démonstration à certaines heures), l'exposition Revolution est réellement la première présentation didactique et historique complète du Musée; elle est distribuée en 20 ensembles ou «salles» fluidement ouvertes les unes dans les autres en un seul parcours. Avant 2011, les principales pièces étaient montrées de façon linéaires. Elles venaient pour la plupart de la Collection rassemblée, à partir de 1971, par Gordon Bell (né en 1934, formé au M.I.T. à Boston et embauché par Microsoft en 1995) et sa femme Gwen, avec l'aide de la direction de Digital Equipement Company (dont Ken Olsen était alors Président). Une Collection qui fut rassemblée et exposée de 1980 à 1996 en lien avec le Musée des Sciences de Boston (Massachusetts) puis transférée vers la Californie en 1996.

Les «Réserves» de ce Musée ne peuvent évidemment pas trouver place dans l'espace muséal de Shoreline Boulevard. Elles sont conservées dans un hangar de stockage à quelques kilomètres de là, à Moffet Field, tout proche du site de recherche de la NASA! C'est là que les collections seront visibles jusqu'à la construction du Musée actuel bâti sur 2 étages dans un terrain d'environ 15.000 m² acquis en 2001 au moment où crevait la bulle des start-ups informatiques rendant les terrains abordables pour l'achat!

C'est en 2011 qu'est inauguré réellement l'actuel Musée avec son exposition sur les 2000 premières années du Calcul!

Revolution. The First 2000 Years of Computing

Cette exposition – qui est fait tout le musée actuel - envisage, de façon très documentée, tous les aspects classiques d'une histoire des ordinateurs: Systèmes de calcul; cartes perforées; calculateurs analogiques; naissance de l'ordinateur; les premières entreprises d'ordinateurs; l'ordinateur en temps réel; les main-frames; mémoires et stockage d'information; la ronde des logiciels; les super-ordinateurs; les mini-ordinateurs; la logique numérique; l'intelligence artificelle et la robotique; graphisme, musique et art digitaux; entrée et sortie de données; les jeux; les PC (personnal computers); ordinateurs et mobilité; réseaux et web; quel futur?…!

Beaucoup d'information sous différentes formes : écrans avec un petit film de 1,30 à 3 minutes, textes imprimés, petits cahiers d'explications plus détaillées (imprimés trop petit?), bornes sonores (mais dont le texte défile également sur la borne). On ne sait pas trop où donner de la tête!

Peu de sièges pour s'asseoir et lire ou regarder tranquillement tout ce qu'il y a à voir.

Des espaces un peu étroits entre les différentes zones d'exposition de telle façon que, s'il y a un groupe ou un afflux de visiteurs, on a toujours l'impression de gêner ou d'être gêné dans sa visite.

Une muséographie certainement très sophistiquée. Elle est marquée par la date de sa réalisation (conçue et réalisée entre 2001 et 2011) et devra certainement se renouveler ou être complétée dans les prochaines années.

Une réalisation en tout cas très stimulante et qui ne cessera pas de servir de référence, tant par sa situation au cœur de cette Silicon Valley que par l'accumulation d'expérience et de recherche!

R.-F. Poswick

Sources
Note 1: Pour plus d'informations voir la brochure Revolution. The First 2000 Years of Computing, Computer History Museum, Mountainview, CA, s.d. - Et aussi (conseillé par Marc Weber, l'un des conservateurs du Musée): http://www.computerhistory.org/atchm/computer-history-museum-celebrating-35-years/ . Il faut y ajouter l'excellent petit livre de Deborah Perry Piscione, Secrets of Silicon Valley, Palgrave-Macmillan, 2013, 250p.
Note 2: Contrairement à notre environnement proche (Belgique, France) on est heureusement surpris de voir qu'il existe, dans le périmètre de cette Silicone Valley, de vrais magasins de composants électroniques pour professionnels et même une vraie librairie (The digital Guru) de titres spécialisés dans les domaines touchés par l'informatique et par la recherche en ce domaine!

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